Incubation artificielle – méthode et retour d’expérience

Récupérer et faire naître les œufs d’une femelle grainée qui vient de mourir est faisable. Cela s’appelle l’incubation artificielle.

Œufs de crevette incubés
Œufs de crevette incubés, J-3

 

L’une de vos femelles grainées vient de mourir. Quelle qu’en soit la raison,  vous aimeriez bien essayer de sauver la progéniture. Retour d’expérience sur cet exercice réussi.

Théorie

La crevette incube ses œufs fécondés entre ses pléopodes (pattes natatoires situées sous l’abdomen), en les « collant » entre eux grâce à une substance qu’elle sécrète. A la mort de la crevette, il faut donc détacher délicatement les œufs des pléopodes pour les récupérer. Vous trouverez des informations précises sur cette méthode dans l’article Incubation artificielle, sur Caridea.org.

Expérience

Il y a quelques jours, l’une de mes Bloody Mary était très mal en point et a fini par mourir. Je m’en suis rendue compte dans l’heure qui a suivi (je la surveillais de près). J’ai donc appliqué les conseils du site Caridea.org, pour récupérer les oeufs, car mon groupe de crevettes de cette souche étant assez restreint, cela me faisait vraiment râler d’en perdre une, surtout une grainée.

Crevette grainée avant décès
Crevette grainée avant décès

Personnellement, j’ai utilisé une seringue fournie avec les tests en gouttes(bien rincée bien sûr), une épingle et une vieille pince à épiler (l’épingle et la pince ayant été désinfectées puis rincées à l’eau osmosée).

L’opération de récupération s’étant bien passée, j’ai récupéré les 10 œufs dans la seringue. Puis je me suis demandée comment je pourrais faire pour isoler les œufs des prédateurs (crevettes comprises), les soumettre à un courant faible, dans une eau bien oxygénée.

La femelle morte était isolée dans une breeding box (bac d’isolation, suspendu à l’extérieur du bac principal, et alimenté en eau par exhausteur). Je lui avais rajouté un mini-oxydator (système produisant de l’oxygène par catalyse à partir d’eau oxygénée), afin que l’eau soit oxygénée un maximum. J’ai donc naturellement réutilisé l’installation pour les œufs. Sauf que je ne voulais pas les poser sur le fond, car cela aurait été compliqué de les surveiller, de les manipuler si besoin, de les tenir à l’abri des escargots (qui arrivent toujours à s’infiltrer partout), etc.

J’ai donc choisi de maintenir mes œufs dans un bouchon de bouteille d’eau minérale, posé au dessus du mini-oxydator, et dont les bords arrivaient un centimètre sous la surface de l’eau. Le bouchon était maintenu avec une tige souple servant à maintenir les plantes au fond du bac. Les fines bulles d’oxygène passaient au dessus du bouchon, permettant une forte oxygénation. L’arrivée d’eau de la breeding box  a été réglée au minimum, afin de ne laisser qu’un très léger courant au dessus des œufs.

Incubation artificielle d’œufs de crevette

Toutes les 2 ou 3 heures, je surveillais ma petite ponte, et surtout, je nettoyais les œufs : j’aspirais un peu d’eau dans ma seringue, puis les œufs, avant de rincer le bouchon où s’accumulaient forcément des saletés. L’objectif étant d’éviter la pollution et l’encrassement des œufs (on souhaite éviter la contamination bactérienne, mycosique, etc.). Avant de remettre la ponte dans le bouchon, je remuais délicatement le contenu de ma seringue afin de décoller les résidus des œufs, et des les brasser un peu.

Résultat

Au bout de trois jours, au réveil, il manquait deux oeufs. J’aperçois également un juvénile dans le bac. Je me rends compte que quelques œufs sont plus gros que les autres, et que le contenu de l’un d’eux a blanchi et s’est opacifié. Je guette régulièrement, jusqu’à assister à l’éclosion de deux œufs.

Œufs de crevette j-0
L’œuf de gauche est sur le point d’éclore.

 

Voici une vidéo-montage, retraçant ce moment inhabituel (désolée pour la qualité, je ne peux filmer qu’avec le téléphone…) :

Bilan

Juvénile incubé artificiellement
Juvénile, J + 1

Coup de chance, je n’en doute pas, mais la méthode d’incubation artificielle peut fonctionner.

La principale difficulté que j’ai rencontré a été le nettoyage des œufs : la substance gluante qui les colle entre les pléopodes de la femelle est très résistante, et de nombreuses impuretés viennent s’y attacher. Veiller à ce que le contenant reste le plus propre possible est à mon avis la seule chose à faire.

Je ne sais pas si s’occuper de la ponte toutes les 2 ou 3 heures a été décisif, mais j’avais la chance d’être chez moi, donc j’ai pu le faire.

J’ai constaté plusieurs juvéniles morts le lendemain de leur naissance (2 notamment, que je soupçonne être ceux que j’ai observé avoir eu du mal à éclore).

A J+1 après les premières naissances, j’ai pu compter 5 juvéniles en bonne forme, sur les 10 œufs sauvés. Dans tous les cas, le bilan est positif, car avec la mort de la femelle, aucun n’aurait dû survivre.

A J+7, lors de la maintenance de la breeding box et du remplissage de l’oxydator, j’ai observé 6 juvéniles, en bonne forme, qui avaient déjà bien grandi et commencé à prendre un peu de couleurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>